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Le Cid | |
![]() Frontispice de l'édition de 1637 du Cid. | |
Auteur | Pierre Corneille |
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Genre | Tragi-comédie |
Nb. d'actes | 5 actes en vers rimés deux à deux et en alexandrins |
Lieu de parution | Paris |
Date de parution | Achevé d'imprimer le 24 mars 1637 |
Date de création en français | |
Lieu de création en français | Théâtre du Marais, Paris |
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Le Cid est une pièce de théâtre tragi-comique[1] en vers (alexandrins essentiellement) de Pierre Corneille dont la première représentation eut lieu le au théâtre du Marais[2].
La pièce met en scène Don Diègue et Don Gomès (comte de Gormas) qui projettent d’unir leurs enfants Rodrigue et Chimène, qui s'aiment. Mais le comte, jaloux de se voir préférer le vieux Don Diègue pour le poste de précepteur du prince, offense ce dernier en lui donnant une gifle (un « soufflet » dans le langage de l'époque). Don Diègue, trop vieux pour se venger par lui-même, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène en duel. Chimène essaie de renier son amour et le cache au roi, à qui elle demande la tête de Rodrigue. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de prouver sa valeur et d’obtenir le pardon du roi. Plus que jamais amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche, qui l'aime aussi, et Rodrigue. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène : le mariage sera célébré l'année suivante.
Selon une tradition peu convaincante[3] rapportée par l'historien du théâtre Pierre-François Godard de Beauchamps, un conseiller à la cour des comptes de Rouen, Rodrigue de Chalon, issu d'une famille espagnole, aurait initié Corneille à la langue et la littérature espagnoles et lui aurait suggéré la lecture d'une pièce de théâtre de Guillén de Castro Las Mocedades del Cid (Les Enfances du Cid) parue en 1631 et qui aurait inspiré le dramaturge français.
L'influence de Rodrigue de Chalon est incertaine, mais il est attesté que Le Cid s'inspire fortement de la pièce de Guillén de Castro, au point que Jean Mairet, dans une épître en vers anonyme, l’« Auteur du vrai Cid espagnol », écrite au traducteur français de Guillén de Castro, accuse Corneille de plagiat en [4] :
« Ingrat, rends-moi mon Cid jusques au dernier mot.
Après tu connaîtras, Corneille déplumée,
Que l'esprit le plus vain est souvent le plus sot.
Et qu'enfin tu me dois toute ma renommée. »
Jean Mairet et Georges de Scudéry accusent aussi Corneille de ne pas avoir respecté les règles du théâtre classique, d'avoir rédigé de mauvais vers et d'avoir plagié d'autres auteurs :
« Le sujet n'en vaut rien du tout.
Il choque les principales règles du poème dramatique.
Il a beaucoup de méchants vers.
Presque tout ce qu'il a de beautés sont dérobées. »
Lors de la création, le rôle de Rodrigue était tenu par Montdory qui dirigeait la troupe du Marais[9]. À quarante-six ans, il était considéré comme le plus grand acteur de son temps. Chimène était jouée par la Villiers, l’Infante par la Beauchasteau, don Sanche par le Montrouge. Le reste de la distribution est inconnu.
Dans la scène qui ouvre la pièce[10], Chimène, fille du Comte de Gormas, est en pleine discussion avec sa gouvernante, Elvire. Cette dernière vient en effet de lui apprendre que Rodrigue, l’amant de Chimène, trouve parfaitement grâce aux yeux du Comte et paraît consentir au mariage de sa fille. Rapportant les paroles du père de Chimène, le discours d’Elvire met en exergue la valeur de Rodrigue, semblable à celle que posséda jadis son père. Néanmoins, la vieillesse de Don Diègue, le père de Rodrigue, est également mentionnée, comme une critique implicite. Alors qu’Elvire vient d’annoncer à Chimène que le roi s’apprête à nommer un gouverneur et que son père semble en bonne position pour obtenir ce rang, la jeune femme est prise d’une crainte soudaine, malgré les mots d’Elvire qui tente de la rassurer. (Scène 1)
La scène suivante a lieu chez la fille du roi, l’Infante. Alors que cette dernière vient d’envoyer son page quérir Chimène qu’elle doit manifestement rencontrer, elle révèle alors à Léonor, sa propre gouvernante, son amour irrépressible pour Rodrigue, malgré l’impossibilité d'une telle relation, due au rang de celui-ci, bien trop inférieur au sien (ce que ne manque pas de souligner Léonor). L’Infante révèle alors qu'elle est à l’origine de la rencontre entre Chimène et Rodrigue et qu’elle espère, par leur mariage, voir l’espoir irrépressible qui subsiste en elle disparaître définitivement et cesser d’aimer Rodrigue. La scène se termine avec l’annonce de l’arrivée de Chimène. (Scène 2)
La troisième scène de l'acte I se déroule à l’extérieur, dans la cour du palais royal. Le Comte de Gormas et Don Diègue sont en pleine discussion, et l'on apprend alors que le choix du roi pour être le gouverneur du prince de Castille s’est porté sur Don Diègue, ce que le Comte ne peut accepter. Laissant éclater sa rancœur et sa jalousie, le Comte se fend d’un discours méprisant et ironique à l’endroit de Don Diègue qui, essayant dans un premier temps de calmer la situation, finit par en prendre ombrage et réplique de manière cinglante au Comte. Ce dernier lui administre alors une gifle. Face à ce qu’il considère comme un affront, Don Diègue se saisit de son épée, mais son grand âge ne lui permet pas de soulever cette dernière, ce qui provoque l’hilarité du Comte qui quitte les lieux. (Scène 3). Resté seul, Don Diègue, dans un monologue de 24 vers, laisse éclater son désespoir et sa frustration de ne pouvoir se venger (Scène 4). Rodrigue arrive alors et Don Diègue lui confie la délicate tâche de défier le Comte en duel, nonobstant qu’il soit le père de Chimène. Avant même que Rodrigue ne puisse protester, son père lui rappelle ses devoirs en matière d’honneur qui priment selon lui sur toute autre considération. (Scène 5). Seul en scène, c’est au tour de Rodrigue de se lamenter sur son sort, dans un monologue de 60 vers, en stances, par lesquelles il exprime son déchirement entre devoir et amour. Au comble du désespoir, il choisit la voie de l’honneur. (Scène 6)
Le deuxième acte s’ouvre dans une salle du palais royal où le Comte s’entretient avec Don Arias, un gentilhomme castillan. Reconnaissant s’être emporté en giflant Don Diègue, le Comte de Gormas refuse cependant de calmer la situation en présentant des excuses à celui-ci, malgré l’insistance polie de Don Arias, qui lui restitue les volontés du roi lui-même – ce qui permet de mettre en exergue les désaccords entre le pouvoir royal et certaines franges de la Noblesse, avec les conséquences que l’on sait pour le Comte. (Scène 1). Alors qu’il vient de sortir du palais, le Comte est interpellé par Rodrigue qui le provoque en duel. Malgré les tentatives du Comte pour le dissuader d’une telle entreprise, les deux hommes quittent la scène pour leur combat. (Scène 2)
Pendant ce temps, chez l’Infante, Chimène et celle-ci discutent au sujet de la querelle entre le Comte et Don Diègue (dont elles ont visiblement été mises au courant entretemps). Alors que l’Infante essaie de modérer les craintes de Chimène, arguant qu'il ne s’agit que d’un différend passager, Chimène est plus pessimiste. Cette scène est douloureusement ironique pour le spectateur, qui comprend ainsi que, quoiqu’au courant de la querelle, les deux jeunes femmes ignorent que Don Diègue a chargé son fils de provoquer le Comte en duel. (Scène 3). Alors que le discours de l’Infante visant à tranquilliser Chimène est sur le point de faire son œuvre, le page vient les avertir du duel en cours entre Rodrigue et le Comte, ce qui provoque le départ précipité de Chimène (Scène 4). Restée seul avec Léonor, l'Infante, semblant anticiper le drame à venir, comprend que l’amour entre Chimène et Rodrigue risque d’être gravement compromis par ce duel et que son objectif de voir Rodrigue en épouser une autre pour qu’elle cesse de l’aimer risque d’échouer. (Scène 5)
La pièce se poursuit au palais royal où le roi, s'entretenant avec Don Arias, reproche au Comte sa désobéissance, bien que Don Arias tente d'apaiser son courroux. Coupant court aux arguments du gentilhomme, le roi lui annonce l’arrivée imminente dans la ville d’une flotte de Maures. Le roi prend néanmoins la décision de ne pas donner l’alerte, par crainte d’une panique générale. (Scène 6). À cet instant, Don Alonse, un autre gentilhomme, vient annoncer la mort du Comte et la victoire de Rodrigue. Il indique également l’arrivée prochaine de Chimène qui vient réclamer justice. Le roi paraît alors considérer que le Comte a mérité ce qui lui est arrivé. (Scène 7).
Chimène et Don Diègue arrivent alors simultanément, accompagné de Don Sanche, prétendant de Chimène. Dans un discours décousu, que l’une commence et que l’autre achève, Chimène et Don Diègue expliquent au roi leur point de vue et leurs demandes – contradictoires, naturellement. Suivant l’exemple d’une justice ordonnée, le roi donne la parole à Chimène puis à Don Diègue avant d’indiquer qu'il doit prendre le temps de la réflexion pour rendre sa décision. (Scène 8)
Dans la maison de Chimène, Elvire a la grande surprise de voir arriver Rodrigue qui lui exprime son désespoir. Craignant que la colère de Chimène ne lui fasse faire quelque geste regrettable, Elvire enjoint Rodrigue à se cacher, alors que Chimène et Don Sanche font leur entrée. (Scène 1). Ce dernier, par d'habiles discours – et désireux de se débarrasser d'un rival gênant – tente de convaincre Chimène d’avoir recours au duel pour venger son père et lui propose son propre bras pour ce faire. Chimène refuse, arguant que le roi lui a demandé d’attendre sa décision, malgré l'insistance de Don Sanche qui s’appuie sur la lenteur de la justice pour tenter de la convaincre. (Scène 2). Après le départ de ce soupirant déterminé, Chimène révèle alors à Elvire qu’elle est encore désespérément amoureuse de Rodrigue mais que les raisons d’honneur lui imposent de demander réparation au meurtre de son père. Malgré les déclarations d’Elvire qui tente de la faire revenir sur sa décision, Chimène demeure inflexible, à son corps défendant, se disant prête à mourir elle-même après la mort de Rodrigue. (Scène 3). Ce dernier – qui a tout entendu – sort alors de sa cachette et offre de se laisser tuer pour apaiser Chimène. Revenue de la stupeur de voir le meurtrier de son père dans sa propre maison, Chimène réitère son amour à Rodrigue par une litote subtile (Va, je ne te hais point !) tout en soulignant que quoique effondrée par la mort de son père, elle comprend que Rodrigue ait choisi l’honneur plutôt que l’amour, elle-même étant sur le point de faire un choix semblable. Les deux amants se séparent sur une série de stichomythies. (Scène 4)
Seul, sur la place publique, Don Diègue, au cours d’un nouveau monologue de 24 vers, exprime son désespoir, croyant son fils occis par la vengeance de Chimène, jusqu’à ce qu’il le voie arriver (Scène 5). Il félicite alors son fils, mais Rodrigue rejette les louanges et reproche violemment à son père la situation dans laquelle la querelle initiale l’a mis. Ignorant ces reproches, Don Diègue annonce alors à Rodrigue l’arrivée des Maures et lui enjoint de prendre le commandement d’une milice de 500 hommes (qui sont arrivés à Séville dans le but de laver l’affront fait à Don Diègue par le Comte, ce qui renforce l’ironie dramatique) (Scène 6).
Rodrigue revient victorieux de la guerre contre les Maures. Elvire en informe Chimène qui se reproche de s'en réjouir au lieu de songer à la vengeance de son père. L’Infante vient se joindre aux douleurs de Chimène, et lui dit qu’elle ne doit plus demander la mort de Rodrigue, qui est l’unique soutien de l’État face aux Maures. Il suffit, dit-elle, que Chimène lui retire son amour.
Rodrigue victorieux est félicité par le roi qui lui donne le surnom de « Cid » et lui demande de lui raconter la bataille. Les Maures ont pensé surprendre leurs ennemis et sont tombés dans leur piège. La bataille a été sanglante mais la victoire éclatante et deux rois Maures ont été capturés. Don Alonse interrompt le récit et prévient de la venue de Chimène conduisant Rodrigue à se retirer. Le roi veut éprouver l'amour de Chimène pour Rodrigue ; il demande à Don Sanche de prendre un air affligé. Chimène encore amoureuse de Rodrigue demande un combat qui tranche le différend : Don Fernand fait croire à Chimène que Rodrigue est mort et la regarde défaillir avant de la détromper. Mais elle nie être amoureuse : elle prétend que son malaise était dû à l’excès de joie que lui a causé l’annonce de la mort de son ennemi, puis elle prétend que c’était à cause du déplaisir de voir Rodrigue échapper à sa vengeance. Elle dit regretter que Rodrigue devienne, par cette victoire, intouchable. Elle demande ensuite solennellement au roi la permission de régler la querelle par un duel juridique qui opposera Rodrigue à tout chevalier acceptant de se battre pour elle ; elle s’engage à épouser le chevalier s’il lui obtient la tête de Rodrigue. Don Sanche se propose. Le roi, d'abord réticent, accepte la procédure, à condition que le combat ne se déroule pas en public et que Chimène épouse le vainqueur même s'il s'agit de Rodrigue.
Rodrigue prévient Chimène qu'il n'a pas l'intention de se défendre lors du duel, préférant mourir plutôt que d'être haï de Chimène. Comprenant qu'il ne saurait déroger à ce principe, Chimène le détrompe : elle l'aime et veut l'épouser, mais l'immoralité de la situation sous les yeux de la Cour la pousse à recourir à ce duel ridicule. Elle l'exhorte à se battre pour pouvoir l'épouser, ce qui désespère l'infante. Celle-ci est condamnée au désespoir, et, avec Don Sanche, elle est le véritable personnage tragique de la pièce : peu importe le résultat du combat, Rodrigue mourra ou épousera Chimène. Chimène à son tour évoque les issues malheureuses de ce duel : elle épousera le meurtrier de son père, ou celui de son amant, et espère que le duel ne se fera pas. C'est alors que Don Sanche apporte à Chimène son épée trempée de sang frais: croyant Rodrigue mort, elle se répand en imprécation contre Don Sanche, menace de se retirer au couvent, avant d'être détrompée par le roi qui lui ordonne d'épouser Rodrigue : elle accepte, mais a besoin d'un délai d'un an avant de conclure le mariage, pour faire le deuil de son père.
Paradoxalement, cette pièce, l'une des plus célèbres du théâtre classique français, se détache par maints aspects des « règles » qui seront ultérieurement préconisées en 1674. Il faut par là savoir nuancer l'importance des critères formels dans la composition des pièces de Corneille.
C’est bien l’amour menacé de Rodrigue et Chimène qui constitue presque tout le sujet de la pièce. Cependant, la « tragédie de l’infante » est une intrigue secondaire venant se greffer, sans nécessité absolue, sur l’intrigue principale.
Corneille d’ailleurs le reconnaîtra dans un passage du Discours : « Aristote blâme fort les épisodes détachés et dit que les mauvais poètes en font par ignorance et les bons en faveur des comédiens pour leur donner de l’emploi »[11] La « tragédie de l’infante » est de ce nombre.
L'action occupe sensiblement vingt-quatre heures ainsi réparties :
La règle des vingt-quatre heures a donc été respectée mais Corneille dira dans son Examen du Cid combien cette contrainte a porté préjudice à la vraisemblance de l’intrigue :
« La mort du comte et l’arrivée des Maures s’y pouvaient entre-suivre d’aussi près qu’elles font, parce que cette arrivée est une surprise qui n’a point de communication, ni de mesure à prendre avec le reste ; mais il n’en va pas ainsi du combat de don Sanche, dont le roi était le maître, et pouvait lui choisir un autre temps que deux heures après la fuite des Maures. Leur défaite avait assez fatigué Rodrigue toute la nuit pour mériter deux ou trois jours de repos. Ces mêmes règles pressent aussi trop Chimène de demander justice au roi la seconde fois. Elle l’avait fait le soir d’auparavant, et n’avait aucun sujet d’y retourner le lendemain matin pour en importuner le roi, dont elle n’avait encore aucun lieu de se plaindre, puisqu’elle ne pouvait encore dire qu’il lui eût manqué de promesse. Le roman lui aurait donné sept ou huit jours de patience avant de l’en presser de nouveau ; mais les vingt quatre heures ne l’ont pas permis : c’est l’incommodité de la règle. »
La pièce se déroule en Espagne dans le royaume de Castille à Séville (Corneille a déplacé l’action qui, dans la logique, se trouverait à Burgos). Elle se déroule dans trois endroits différents : la place publique, le palais du roi et la maison de Chimène. Corneille a donc dévié la règle qui préconise le choix d’un lieu unique. Voici les explications qu’il donnera dans son Examen du Cid[12] :
« Tout s’y passe donc dans Séville, et garde ainsi quelque espèce d’unité de lieu en général ; mais le lieu particulier change de scène en scène, et tantôt, c’est le palais du roi, tantôt l’appartement de l’infante, tantôt la maison de Chimène, et tantôt une rue ou une place publique. On le détermine aisément pour les scènes détachées ; mais pour celles qui ont leur liaison ensemble, comme les quatre dernières du premier acte, il est malaisé d’en choisir un qui convienne à toutes. Le comte et don Diègue se querellent au sortir du palais ; cela se peut passer dans une rue ; mais, après le soufflet reçu, don Diègue ne peut pas demeurer en cette rue à faire ses plaintes, attendant que son fils survienne, qu’il ne soit tout aussitôt environné de peuple, et ne reçoive l’offre de quelques amis. Ainsi il serait plus à propos qu’il se plaignît dans sa maison, où le met l’espagnol, pour laisser aller ses sentiments en liberté ; mais en ce cas, il faudrait délier les scènes comme il a fait. En l’état où elles sont ici, on peut dire qu’il faut quelquefois aider au théâtre et suppléer favorablement ce qui ne s’y peut représenter. Deux personnes s’y arrêtent pour parler, et quelquefois il faut présumer qu’ils marchent, ce qu’on ne peut exposer sensiblement à la vue, parce qu’ils échapperaient aux yeux avant que d’avoir pu dire ce qu’il est nécessaire qu’ils fassent savoir à l’auditeur. Ainsi par une fiction de théâtre, on peut s’imaginer que don Diègue et le comte, sortant du palais du roi, avancent toujours en se querellant, et sont arrivés devant la maison de ce premier lorsqu’il reçoit le soufflet qui l’oblige à y entrer pour y chercher du secours. »
En 1637, Corneille fait jouer Le Cid. La pièce remporte un énorme succès : on en donne trois représentations à la cour, deux à l'hôtel Richelieu et une traduction anglaise paraît à Londres avant la fin de l'année 1637[9]. Richelieu protège Corneille, et le fait anoblir par le roi en 1637.
Cependant, Jean Mairet et Georges de Scudéry, deux dramaturges, vont attaquer Corneille, en l’accusant de ne pas respecter les règles du théâtre classique, entre autres celle des trois unités, préconisée en 1630 à la demande de Richelieu[13]. Ils l’accusent également de poignarder dans le dos la France engagée dans la guerre franco-espagnole, en produisant une pièce dont le sujet, le titre, les personnages et les décors sont espagnols. En , Scudéry fait appel à l’arbitrage de la toute jeune Académie française créée en 1635. Corneille, qui sait Richelieu favorable à cette médiation, accepte. Le cardinal voit en effet l'occasion pour l'Académie, qu'il avait fondée deux ans plus tôt, de paraître comme le tribunal suprême des lettres, de se faire connaître du public et d’obtenir ainsi l’enregistrement de son acte de fondation par le parlement de Paris.
En , l’Académie présente un texte mis au point par Jean Chapelain, Les Sentiments de l’Académie sur la tragi-comédie du Cid, dans lequel elle ne retient pas l'accusation de plagiat, mais donne raison à Scudéry sur la question des règles, même si elle reconnaît à la pièce « un agrément inexplicable »[14], et contient un certain nombre d’observations de style[15]. La plus connue fait référence à Chimène, qui n'hésite que très succinctement à défaire la promesse de mariage accordée à Rodrigue, assassin de son père. La promesse étant respectée, les moralistes se trouvèrent choqués de ce manque de bienséance et de vraisemblance.
Toutefois, Corneille n’accepte pas ces critiques, puisque la majeure partie de son inspiration relevait de faits réels et de textes, notamment Las Mocedades del Cid de Guilhem de Castro. Dans le même temps, ses adversaires l'attaquent à nouveau. Après quelques semaines, Richelieu donne l’ordre d’en finir : il exige des adversaires de Corneille qu’ils mettent fin à la querelle[16].
À la suite de la querelle, Corneille dédie Le Cid à Marie-Madeleine de Vignerot, nièce du cardinal de Richelieu et future duchesse d’Aiguillon, en hommage à la protection qu'elle lui apporta contre les détracteurs de sa pièce[17].
Corneille modifiera sa pièce, notamment l'acte 1, en 1648 : il réduit l'humour et se concentre sur l'intrigue principale et sur le côté tragique. C'est en 1661 que la version définitive est imprimée.
« En vain contre le Cid un ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.
L'Académie en corps a beau le censurer,
Le public révolté s'obstine à l'admirer. »
« Qu'on parle mal ou bien du fameux cardinal,
Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien :
Il m'a fait trop de bien pour en dire du mal ;
Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien. »
— Poésies diverses (posthume).
La pièce a également inspiré un grand nombre de parodies littéraires, théâtrales ou cinématographiques :