Charles-Augustin Sainte-Beuve

Charles-Augustin Sainte-BeuveSainte-Beuve photographié par Bertall dans les années 1860Fonctions
Sénateur du Second Empire
28 avril 1865 - 12 octobre 1869
Fauteuil 28 de l'Académie française
14 mars 1844 - 13 octobre 1869
Casimir DelavigneJohn Lemoinne
Biographie
Naissance 23 décembre 1804
Boulogne-sur-Mer, Picardie,
Premier Empire
Décès 13 octobre 1869 (à 64 ans)
6e arrondissement de Paris,
Second Empire
Sépulture Cimetière du Montparnasse
Nom de naissance Charles-Augustin Sainte-Beuve
Nationalité française
Formation Lycée Charlemagne de Paris
Lycée Condorcet
Collège Bourbon de Saint-Denis
Activités Écrivain, professeur, critique littéraire, historien, homme politique, aphoriste, poète, historien de la littérature
Rédacteur à Revue des Deux Mondes, Le Globe, Le Constitutionnel, Le Temps, La Revue contemporaine, Revue de Paris, Le National
Autres informations
A travaillé pour École normale supérieure (1858-1861)
Collège de France (1854-1869)
Université de Liège (1848-1849)
Membre de Académie française 1844
Mouvement Romantisme
Genre artistique Essai, roman, poésie, critique littéraire
Distinction Concours général (1822)
Chevalier de la Légion d'honneur
Œuvres principales
Vue de la sépulture.

Charles-Augustin Sainte-Beuve est un critique littéraire et écrivain français né le 23 décembre 1804 à Boulogne-sur-Mer (Pas de Calais) et mort le 13 octobre 1869 à Paris. Représentant du romantisme, il est réputé pour ses critiques littéraires et la méthode d'écriture qu'il a employée.

Biographie

Né à Moreuil le 6 novembre 1752, le père de l'auteur, Charles-François Sainte-Beuve, contrôleur principal des droits réunis et conseiller municipal à Boulogne-sur-Mer, se marie le 30 nivôse an XII (21 janvier 1804) avec Augustine Coilliot, fille de Jean-Pierre Coilliot, capitaine de navire, née le 22 novembre 1764 et morte en 1850. Toutefois, atteint par une angine, il meurt le 12 vendémiaire an XIII (4 octobre 1804).

Orphelin de père dès sa naissance le 2 nivôse an XIII (23 décembre 1804) à Boulogne-sur-Mer, Sainte-Beuve est élevé par sa mère et une tante paternelle, veuve également. En 1812, il entre en classe de sixième comme externe libre à l'institution Blériot, à Boulogne-sur-Mer, où il reste jusqu'en 1818. À cette époque, il obtient de poursuivre ses études à Paris. Placé dans l'institution Landry en septembre 1818, il suit comme externe les cours du collège Charlemagne, de la classe de troisième à la première année de rhétorique, puis ceux du collège Bourbon, où il a pour professeur Paul-François Dubois, en seconde année de rhétorique et en philosophie. En 1822, il est lauréat du Concours général, remportant le premier prix de poésie latine. Après l'obtention de son baccalauréat ès lettres, le 18 octobre 1823, il s'inscrit à la faculté de médecine le 3 novembre. Puis, conformément à l'ordonnance du 2 février 1823, qui l'exige pour les professions médicales, il prend des leçons particulières de mathématiques et passe le baccalauréat ès sciences, le 17 juillet 1824. Toutefois, alors qu'il a été nommé en 1826 externe à l'hôpital Saint-Louis avec une chambre, il abandonne ses études de médecine en 1827 pour se consacrer aux lettres. Après un article anonyme paru le 24 octobre 1824, il publie dans Le Globe, journal libéral et doctrinaire fondé par son ancien professeur, Paul-François Dubois, un article signé « Joseph Delorme » le 4 novembre.

Le 2 et le 9 janvier 1827, il publie une critique élogieuse des Odes et ballades de Victor Hugo, et les deux hommes se lient d'amitié. Ensemble, ils assistent aux réunions au Cénacle de Charles Nodier à la Bibliothèque de l'Arsenal. Il a une liaison avec l'épouse de Hugo, Adèle Foucher.

Caricature de Sainte-Beuve par André Gill en 1868.

Le 20 septembre 1830, Sainte-Beuve et l'un des propriétaires du journal Le Globe, Paul-François Dubois, se battent en duel dans les bois de Romainville. Sous la pluie, ils échangent quatre balles sans résultats. Sainte-Beuve conserva son parapluie à la main, disant qu’il voulait bien être tué mais pas mouillé.

Après l'échec de ses romans, Sainte-Beuve se lance dans les études littéraires, dont la plus connue est Port-Royal, et collabore notamment à La Revue contemporaine. Port-Royal (1837-1859), le chef-d'œuvre de Saint-Beuve, décrit l'histoire de l'abbaye de Port-Royal des Champs, de son origine à sa destruction. Ce livre résulte d'un cours donné à l'Académie de Lausanne entre le 6 novembre 1837 et le 25 mai 1838. Cette œuvre a joué un rôle important dans le renouvellement de l'histoire religieuse. Certains historiens qualifient Port-Royal de « tentative d'histoire totale ».

Élu à l'Académie française le 14 mars 1844 au fauteuil de Casimir Delavigne, il est reçu le 27 février 1845 par Victor Hugo. Il est à noter que ce dernier portait néanmoins sur leurs relations un regard désabusé : « Sainte-Beuve, confiait-il à ses carnets en 1876, n’était pas poète et n’a jamais pu me le pardonner ».

En 1848-1849, il accepte une chaire à l'université de Liège, où il donne un cours consacré à Chateaubriand et son groupe littéraire, qu'il publie en 1860.

À partir d'octobre 1849, il publie, successivement dans Le Constitutionnel, Le Moniteur et Le Temps des feuilletons hebdomadaires regroupés en volumes sous le nom de Causeries du lundi, leur titre venant du fait que le feuilleton paraissait chaque lundi.

À la différence de Hugo, il se rallie au Second Empire en 1852. Le 13 décembre 1854, il obtient la chaire de poésie latine au Collège de France, mais sa leçon inaugurale sur « Virgile et L'Énéide », le 9 mars 1855, est perturbée par des étudiants qui veulent dénoncer son ralliement. Il doit alors envoyer, le 20 mars, sa lettre de démission. Par la suite, le 3 novembre 1857, il est nommé maître de conférences à l'École normale supérieure, où il donne des cours de langue et de littérature françaises de 1858 à 1861. Sous l'Empire libéral, il est nommé au Sénat, où il siège du 28 avril 1865 jusqu'à sa mort en 1869. Dans ces fonctions, il défend la liberté des lettres et la liberté de penser.

Sainte-Beuve meurt à son domicile, 11 rue du Montparnasse. Selon les médecins qui autopsièrent son corps, sa mort fut vraisemblablement provoquée par un « vaste abcès situé sur la partie latérale gauche de la prostate ».

Il est inhumé au cimetière du Montparnasse (17e division), dans le caveau où reposait déjà sa mère.

Photographie prise entre 1860 et 1869.

Méthode

La méthode d'écriture de Sainte-Beuve, qui s'appuie sur l’étude de la biographie et des documents historiques liés à un auteur, est réputée constitutive d'une rupture et d'un renouvellement de la critique littéraire et a donné lieu à diverses analyses : « Un homme bon, a suggéré Jules Lemaître ; un des quatre ou cinq grands esprits du XIXe siècle, a affirmé Taine. ». Marcel Proust a rendu cette méthode célèbre tout en la restreignant à l'idée que la méthode critique de Sainte-Beuve se fonde sur le fait que l'œuvre d'un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et pourrait s'expliquer par elle. Elle se fonde sur la recherche de l'intention poétique de l'auteur (intentionnisme) et sur ses qualités personnelles (biographisme). Cette méthode a été critiquée par la suite. Marcel Proust, dans son essai Contre Sainte-Beuve, est le premier à la contester, reprochant de plus à Sainte-Beuve de négliger, voire condamner de grands auteurs comme Baudelaire, Stendhal ou Balzac (ce dernier fut d'ailleurs pour Sainte-Beuve son « gibier favori » ; de fait, tout semblait opposer les deux contemporains : « tempéraments, goûts, styles de vie, conceptions de l'art littéraire et du rôle de l'écrivain »). L'école formaliste russe, ainsi que les critiques Ernst Robert Curtius et Leo Spitzer, suivront Proust dans cette route.

Réception

Friedrich Nietzsche, pourtant adversaire déclaré de Sainte-Beuve, a incité en 1880 Ida Overbeck, femme de son ami Franz Overbeck, à traduire les Causeries du lundi en allemand. Jusque-là, Sainte-Beuve n'avait jamais été publié en allemand, malgré sa grande importance en France, car considéré en Allemagne comme représentant d'une manière détestable et typiquement française de penser. La traduction d'Ida Overbeck est parue en 1880 sous le titre Menschen des XVIII. Jahrhunderts (« L'Être humain au XVIIIe siècle »). Nietzsche a écrit à Ida Overbeck le 18 août 1880 : « Il y a une heure que j'ai reçu Menschen des XVIII. Jahrhunderts. C'est un livre merveilleux, je crois que j'ai pleuré, et ce serait bizarre si ce petit livre ne pouvait pas exciter la même sensation chez beaucoup d'autres personnes ». La traduction d'Ida Overbeck est un document important du transfert culturel entre l'Allemagne et la France, mais fut largement ignorée. En 2014 apparut la première édition critique et annotée.

Charles Maurras s'inspire directement de la méthode d'analyse du critique littéraire pour forger sa méthode d'analyse politique, l'empirisme organisateur, qui aboutira chez lui au nationalisme intégral,.

Œuvres

Poésie

Romans et nouvelles

Critique

La tombe de Sainte-Beuve au cimetière du Montparnasse à Paris.

Correspondance

Biographie

Hommage

Musique

Dans les coins bleus pour voix et piano, poème mis en musique par Camille Saint-Saëns (1921)

Notes et références

  1. Le nom de famille Sainte-Beuve fait référence à Beuve de Reims, vierge, abbesse et sainte du VIIe siècle.
  2. Les droits réunis sont des impôts indirects sur les tabacs, les alcools, les voitures publiques, les cartes et la marque d’or ou d’argent.
  3. geni.com
  4. Registre d'état-civil de Boulogne-sur-Mer (an VIII-1808), 5 MIR 160/14, Archives départementales du Pas-de-Calais, 1345 p. (lire en ligne), p. 828
  5. Sainte-Beuve est mis en scène dans une comédie de Michel Lengliney, État Critique, montée à Paris en 2005. La pièce met l'accent sur ses rapports avec Madame Hugo. Voir Présentation d'État critique, Trait d'union, no 382, octobre-décembre 2006, p. 1-4.
  6. Sainte-Beuve : Exposition organisée pour le cent cinquantième anniversaire de sa naissance, Bibliothèque nationale, 1955, 67 pages, p. 13.
  7. Molino, Jean, Port-Royal et la méthode de Sainte-Beuve, in Pour ou contre Sainte-Beuve : le Port-Royal, Actes du colloque de Lausanne, septembre 1992.
  8. Victor Hugo, Choses vues 1870-1885, Paris, Gallimard, folio, 1972, 529 p. (ISBN 2-07-036141-1), p. 391.
  9. Anne Martin Fugier, « Le Salon XVIIe siècle selon Sainte-Beuve », Cahiers du Centre de recherche historique, no 28-28, avril 2002, p. 141-142.
  10. Maurice Allem, La vie quotidienne sous le second Empire, Hachette, 1948, 287 pages, p. 237, et Hubert Juin, Victor Hugo, Flammarion, 1984, 24 pages, p. 355 (ISBN 2080647121).
  11. Charles-Augustin Saint-Beuve sur le site du Sénat.
  12. Polybiblion : revue bibliographique universelle, Volume 4, Paris, 1869, p. 265 (« Chronique »).
  13. Souvenirs et Indiscrétions. Le dîner du Vendredi-Saint. Par C. A. Sainte-Beuve. Publiés par son dernier secrétaire, Michel Lévy Frères, Paris, 1872, pp. 337-338.
  14. Souvenirs et Indiscrétions. Le dîner du Vendredi-Saint. Par C. A. Sainte-Beuve. Publiés par son dernier secrétaire, Michel Lévy Frères, Paris, 1872, p. 342.
  15. « Vie et œuvre de Sainte-Beuve (1804-1869) », sur etudes-litteraires.com
  16. Maxime Leroy, Vie de Sainte-Beuve, Paris, Janin, septembre 1947, 205 p. (lire en ligne), préface.
  17. Contre Sainte-Beuve/La Méthode de Sainte-Beuve Fac-similé disponible sur Wikisource (Wikisource)
  18. Richard M. Chadbourne, « La comédie humaine de Sainte-Beuve », Études françaises, vol. 9, n° 1, février 1973, p. 15 (lire en ligne).
  19. Charles-Augustin Sainte-Beuve: Menschen des XVIII. Jahrhunderts. Übersetzt von Ida Overbeck, initiiert von Friedrich Nietzsche. Mit frisch entdeckten Aufzeichnungen von Ida Overbeck neu ediert von Andreas Urs Sommer. 423 pages. Berlin: Die Andere Bibliothek, 2014. (ISBN 978-3-8477-0355-6)).
  20. Ch. Maurras, Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve : trois idées politiques, p. 29 & sq., H. et E. Champion, Paris, 1912.
  21. « Toulouse - Cercle L'Empirisme Organisateur », sur youtube.com, 18 janvier 2018 (consulté le 1er mars 2018).
  22. Les six premiers volumes ont paru chez Stock, entre 1935 et 1949 ; les treize volumes suivants, t. VII à XVIII, qui inaugurent d'ailleurs une « Nouvelle série » (donc numérotés de I à XII), ont été établis par les soins de J. Bonnerot jusqu'au tome XIV, puis, après sa mort, par son fils Alain, et sont sortis, en coédition, chez Privat à Toulouse et chez Didier à Paris, entre 1957 et 1977 ; enfin, le dernier volume paru à ce jour, t. XIX (donc XIII de la « Nouvelle série ») a paru chez Privat seul, à Toulouse, en 1983. Manquent donc un volume de "Supplément", et l'index général.

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes